En résumé: Le président Bonnin continue d'accompagner la destruction de l'ESR avec des propositions budgétaires largement insuffisantes. Nous appelons personnels et étudiants à manifester dès 9h au conseil d'adminstration qui se tiendra le 19 octobre en salle Multiplex.

Depuis plusieurs semaines, personnels et étudiants manifestent leur opposition à la politique austéritaire du président Bonnin et son équipe de «gouvernance», qui se traduit, depuis la rentrée, entre autres, par la suppression annoncée de milliers d'heures de cours.

Suite à cette contestation et au blocage du Conseil d'Administration du 29 septembre, le plan de communication du président suit son cours : d'abord insister sur les violences en marge du mouvement, pour faire diversion quant à sa gestion budgétaire sans visibilité ni vision. Ensuite, donner les apparences de la concertation en organisant encore des réunions de directeurs et en recevant les élus du CA. D'un même mouvement, négocier avec le rectorat et écrire à la ministre pour donner des gages de ses efforts pour sauver l'université.

Cependant, la ligne politique n'a pas bougé, comme le montre encore sa lettre envoyée le 12 octobre aux personnels et bien sûr aux médias. On y trouve encore les mêmes arguments, répétés inlassablement de réunions en conférences, de conseils en assemblées.

Les arguments de la peur, tout d'abord, comme on en a l'habitude dans les moments où la réalité construite par les discours officiels se craquelle et laisse voir un autre monde possible. Il s'agit d'écarter toute possibilité de faire un choix, un autre choix, sous prétexte de «responsabilité».

Ainsi, d'après le président Bonnin, un budget en déficit de 3,5M€ nous plongerait dans une «situation de forte incertitude», voire «à la mise sous tutelle de l’établissement par l’Etat qui déciderait alors de notre budget». Il faut être sacrément aveugle pour ne pas voir qu'en asphyxiant les universités par sa politique austéritaire, l'Etat impose déjà les budgets des universités, en comptant sur les «gouvernances» en place pour trancher dans le vif à sa place. Toute honte bue, le président Bonnin évoque même «des conséquences possibles sur la pluridisciplinarité», alors qu'il a activement participé à la mise en place de l'I-SITE, qui sape déjà la pluridisciplinarité.

D'autres arguments relèvent du registre de l'idéologie, quand il répète à l'envi que «nous devrons démontrer à l’Etat [la] soutenabilité financière [de l'offre de formation]» ou que l'Etat doit «adapter son modèle de financement de l’enseignement supérieur et la recherche». Formules sibyllines qui signifient en réalité «augmenter les frais d'inscription et ouvrir les portes de l'université aux financements privés, avec un droit de regard des entreprises sur le contenu des formations». Ces arguments n'ont aucun fondement autre que les incantations néo-libérales des économistes orthodoxes dont l'application des théories entraîne crises financières sur crises financières. A l'université, cela se traduit par des formations amputées ou supprimées, des conditions de travail et d'études dégradées, avec leurs conséquences sur les situations sociales et la santé des personnels et étudiants. Ainsi, «adapter le modèle» revient à appliquer le remède de ceux qui sont responsables de la maladie. On aurait aimé du docteur Bonnin qu'il soigne le patient plutôt que continuer de l'empoisonner... Au lieu de cela, il continue d'asséner que le seul choix «raisonnable» est de continuer dans l'austérité en demandant encore des «efforts».

Dans son message, le président Bonnin clame que le scénario de l'austérité continuée pourrait «faire l’objet d’un large accord», ce dont il est permis de douter. Qui peut croire que les coupes proposées peuvent contenter qui que ce soit à part les gestionnaires de l'austérité ? Les étudiants dont les diplômes s'en trouvent dévalorisés ? Les personnels dont les conditions de travail se dégraderont encore ? Les chercheurs qui devront passer encore plus de temps à chercher des financements ? Communication, quand tu nous tiens !

Les chiffres évoqués dans le message du président, s'ils peuvent donner l'apparence trompeuse d'une maîtrise de la situation, soulèvent cependant de sérieuses interrogations. Par rapport au premier budget proposé le 7 septembre, les formations gagneraient 730 000 €. C'est près de 15 000 h complémentaires qui, en septembre, passaient ainsi à la trappe. Comment la «gouvernance responsable» avait-elle simplement envisagé un budget aussi délirant ? Sans la mobilisation des étudiants et personnels, la majorité présidentielle aurait ainsi massacré les formations au nom de l'équilibre budgétaire.

Mais on est encore loin du compte. Les réductions de budget évoquées dans le message du Président s'élèvent à peu ou prou de 15% partout. Mais ces pourcentages sont-ils calculés par rapport aux budgets prévus pour cette année, déjà revus à la baisse et rabotés en amont ? ou par rapport à ceux de l'année dernière, sachant qu'il y a 10% d'étudiants en plus ? Quelle que soit la référence, la saignée semble plus importante qu'on essaye de nous le faire croire.

Il faudrait aussi nous expliquer comment maintenir «une recherche de haut niveau» en rabotant encore un peu plus ses budgets. Enfin, les nouvelles réductions concernant les services se traduiront-elles par d'autres plans sociaux ?

Sans vergogne, le président Bonnin rappelle qu'«à travers la formation supérieure et la recherche, c’est de la jeunesse et donc de l’avenir qu’il s’agit. C’est l’économie de demain et le bien-être de nos sociétés qui sont en jeu.» En effet. Et force est de constater qu'il préfère les sacrifier sur l'autel de l'austérité docile. L'idée d'une société qui ne garantit pas un accès à un enseignement supérieur de qualité sur tout le territoire nous parait encore bien plus incertaine que le vote d'un budget à 3,5 millions de déficit. Nous rappelons notre demande principale: l'établissement d'un budget construit sur les besoins réels, évalué à 3,5M€ de déficit simplement pour maintenir les formations au niveau de l'an dernier (ce qui résultait déjà de nombreuses restrictions ou amputations), permettant d'assurer dignement les missions de l'université et forçant l'état à assumer ses responsabilités envers la jeunesse et les citoyens.

Puisque cette proposition n'est pas soumise aux adminsitrateurs et administratrices, nous appelons personnels et étudiant.e.s à manifester devant le prochain Conseil d'Administration qui se tiendra le 19 octobre 2016 à 9h à la salle Multiplex.

Rappelons que le président Bonnin, champion autoproclamé du dialogue et de la concertation, a réquisitionné les forces de l'ordre établi pour placer ce conseil sous protection policière.