Un passage en force sans concertation

Le Président de l’UB vient d’adresser aux Directeurs de composantes un courrier déclinant les mesures à mettre en place pour l’année prochaine. Ce courrier fait suite à deux présentations devant les Directeurs de composantes et le groupe de travail sur l'offre de formation 2017-2021.

Une fois de plus, c’est en comité restreint que les décisions ont été prises. La communauté universitaire en tant que telle, celle des personnels et des étudiants, n'a pas été consultée alors qu'elle est la première concernée. Ces mesures arrivent en fin du parcours d'évaluation avec la DGESIP et visent à annuler les surcoûts attribués aux heures complémentaires dues à l'augmentation du flux étudiants et au gel de postes imposé par la gouvernance de l’UB depuis 4 ans.

L’avenir de l'offre de formation va se jouer en 1 mois ½, entre le 8/02 et le 24/03 (avec les vacances de février au milieu), alors que l'on parle de l'avenir des 5 prochaines années, période durant laquelle les flux continueront à augmenter sans dotations supplémentaires de l'Etat et/ou de l'UB.

Des boucs-émissaires stigmatisés pour des raisons financières

Pour notre président, l’enseignement est une «charge», tout ce qui diminue la charge est bon: les PRAG/PRCE, les vacataires, les titulaires faisant des heures complémentaires, «les chargés d’enseignement à distance», l’UTB, le Centre des langues et des cultures pour tous…, sont donc des cibles.

Depuis la création du statut de PRAG-PRCE, l’équivalence TD-TP existe, y compris pour les heures complémentaires. Sous couvert d’égalité avec les enseignants-chercheurs (pour lesquels l’équivalence TD-TP dans le service statutaire n’a été obtenue que très récemment), la remise en cause partielle de cette équivalence revient à les faire travailler autant pour une moindre rétribution.

En outre, cette mesure risque de mettre les composantes très professionnalisantes (IUT, STAPS, ESPE…) dans l’impossibilité d’assurer leurs missions, notamment pour les diplômes soumis à un programme national (PPN pour les IUT) pour lesquels des recours au TA seront toujours possibles de la part des étudiants !

«Le recours à des vacataires sera strictement contrôlé par la direction générale des services.» Alors que les professionnels vacataires (ou PAST) sont jugés comme incontournables pour la validation des parcours professionnels courts (Licence, DUT) ou longs (Masters) par l'HCERES ou la DGESIP, l'UB se propose de réduire leur nombre ou leur volume horaire, certainement en raison de leur surcoût financier (+40%). Quid également de la limitation des vacations faites par les doctorants ou les docteurs qui ont besoin d'enseigner pour prétendre à une qualification par le CNU, quand dans le même temps on décrète le gel des postes d'ATER ?

«Le volume total des heures effectuées par un enseignant ou un EC sera limité à 1,5 fois son service statutaire.» Nous avons été favorables à une limitation du nombre d’heures complémentaires, mais pour permettre des créations de postes. Or, l’Etat n’en crée plus pour l’Université (parfois pour les Comue), la Direction de l’UB gèle des postes et limite le recrutement de vacataires, les flux augmentent. Comment dans ces conditions imposer un service égal à 1,5 fois le service statutaire ?

Une ineptie pédagogique

«Pour les composantes n’ayant pas atteint les objectifs fixés, les mesures suivantes devront être prises.» Ces injonctions édictées par des technocrates de cabinet, ignorant tout de l’enseignement supérieur, de la diversité des formations et des méthodes pédagogiques, ne visent qu’à transformer le service public d’enseignement supérieur en une entreprise d’enseignement supérieur.

Comment peut-on penser que le choix des répartitions CM/TD/TP dans les maquettes soient simplement le fruit d'un calcul financier "interne" et non pas l'aboutissement d'une réflexion profonde du corps enseignant afin de faire réussir le maximum d'étudiants et de s'occuper des étudiants en difficulté ? D'ailleurs, l'arrêt du financement du Plan Réussite en Licence comme mesure d'économies n'est pas mentionné dans cette lettre, alors qu'il a été annoncé aux directeurs de composantes.

Finalement, si les étudiants sont trop nombreux, il faut faire du CM ; s'ils ne sont pas assez nombreux, il faut faire du TD/TP ; s'ils ne sont vraiment pas assez nombreux, il faut mutualiser les parcours ou fermer les parcours même s'ils sont en adéquation avec des métiers ou des niveaux de qualification attendue ! Aucune différence entre Licence généraliste, Licence professionnelle et Master dans les consignes... 

Quel gain réel ?

Lorsque l'on sait que 85% du budget de l'UB est lié à la masse salariale (intégrant les heures complémentaires et les vacataires) et que de nombreux postes ont été gelés depuis près de 4 ans (y compris les quelques postes Fioraso créés), quel est le «gain financier» réel de ces mesures ?

Il serait intéressant d’ailleurs de le comparer aux frais de bouche et de communication, au coût de fonctionnement du cabinet du président, aux primes et aux décharges diverses "allouées" aux VP et autres chargés de mission qui génèrent des heures complémentaires assumées par d’autres collègues ou par des vacataires. Sans parler du coût du FSDIE ou des derniers projets immobiliers !

Ces mesurettes visent plus à mettre en concurrence les différentes catégories de personnel qu’à régler un déficit dont on ne connaît toujours pas l’origine.

De l'aveu même du Président durant sa tournée dans les composantes au mois de janvier, il espère en fait qu'un nouveau gouvernement aura le courage d'augmenter les droits d'inscriptions afin de retrouver l'équilibre budgétaire de l'UB !

Les grands perdants: les étudiants

Finalement, lorsque les maquettes de formations seront trop réduites en nombre d'heures, les composantes seront dans l'incapacité de proposer des formations de qualité identique au passé au plus grand nombre ou de s'occuper des étudiants en grande difficulté pour réussir ou se réorienter.

Face au gel successif de postes de l'UB, associé à l’absence de création de supports par l'Etat, les enseignants-chercheurs, les PRAG-PRCE et les vacataires ont essayé de pérenniser une offre de formations de qualité face aux pôles parisien, lyonnais et strasbourgeois, et face aux formations privées (consulaires et religieuses) qui pullulent un peu partout et qui se frottent les mains de ces mesures et de la mise en place de capacités d'accueil en L1 et en Master.

De nombreux étudiants vont devoir se tourner vers ces formations payantes pour pouvoir suivre leur parcours de formation ou atteindre leur projet professionnel quitte à s'endetter ou à endetter leur famille pour les plus défavorisés. 

In fine, si les heures ne peuvent plus être faites ni par les EC ou PRAG-PRCE (au-delà de 1,5 fois leur service) ni par les vacataires, elles ne seront pas assurées et devront être faites soit en autonomie, soit par le biais de MOOC (gratuits, au mieux), soit par le biais de cours en ligne, soit pas du tout. Ce qui se traduira par une accentuation des inégalités pour les étudiants les plus fragiles le plus souvent obligés de travailler en même temps qu’ils suivent leurs études.